Un engourdissement dans tout le corps.
Ankylosé, Sam ouvrit les yeux, fixant un plafond plus vraiment blanc. Plus loin, la suspension en coquillage, là, fière.
Un soupir passa ses lèvres sèches.
Il leva lentement sa main gauche, serrant et desserrant le poing.
Lentement, il tourna la tête sur sa gauche, un regard, une confirmation : Dean était là.
Les yeux fermés, Sam douta.
Il se mit debout malgré le grognement de son corps qui aurait préféré rester dans la position allongée.
Pas vraiment stable, il se mit face à son aîné.
Une main sur son épaule lui fit tourner la tête. Bobby venait d’entrer dans la pièce, leurs regards revinrent sur Dean qui ouvrit doucement les yeux.
Sam regarda Bobby.
Le vieux chasseur était soulagé, les garçons étaient revenus ! Il comprit que le cadet devait avoir une discussion avec son frère.
La main sur l’épaule devint plus légère jusqu’à devenir inexistante. Le claquement léger de la porte, Bobby les avaient laissés.
Sam fixa son frère angoissé.
Son frère était là, son corps du moins mais lui, sa volonté, son envie de vivre étaient-ils présents ?
-Salut.
Sam se dit que cette entrée en matière, sans être hautement originale, avait au moins la qualité d’installer la conversation… On se rassure comme on peut.
Dean voulut bouger, mais son corps qui était resté longtemps immobile se rebella. Dean poussa un souffle, signifiant qu’il acceptait pour l’instant cet état. Il resta donc allongé.
Cela rassura Sam, son aîné ne tenterait pas au moins une fuite dont il était si friand quand les discussions sérieuses arrivaient.
-J’y échapperai pas, hein, lança Dean d’un air qu’il voulait ironique mais qui était surtout pathétique.
-Dean, pourquoi ? La fuite ?
-Je suis fatigué de tout, ma mission, eux, nous, l’impression que chaque pas que nous faisons nous éloigne d’une vie que nous aimions… Chasser, dormir au motel, croiser de belles filles, la route dans mon bébé, tout ça devient flou comme un vieux rêve… Je veux revenir à ça, Sammy…
Sam se décida à s’asseoir, faisant basculer un peu le lit sous son poids.
Il comprenait tellement son frère ! Si on lui avait dit que lui aussi regretterait cette vie, il se serait bien marré !
-Dean… Je sais, je te comprends mais nous devons nous faire une raison, c’est fini ça. Même si on s’en sort, même si on gagne, jamais, jamais, on ne retrouvera ça, cette ambiance… Notre vision de la vie, du bien, du mal est changée, nous sommes changés et…
-Tais-toi, dit doucement Dean, l’air triste.
-Non ! Ecoute ! Ce qui nous entoure, les gens, les démons, les anges, tout cela est différent ! Notre relation a changé, à quoi bon le nier ? Nous ne sommes pas toujours d’accord…
Un grognement suivit cette phrase.
-OK …Rarement d’accord, concéda-t-il. Mais nous sommes frères !
Un rire coupa sa phrase.
Dean se leva, grimaçant sous la douleur et il s’installa le dos à la tête du lit.
-Etre frère va nous permettre de rester main dans la main, les yeux brillants face au danger, face au monde, Sam descends de ton nuage ! Bon sang !
-Je n’ai jamais prétendu que cela sera facile… Mais pour moi, la seule chose qui change pas, qui est là immuable, c’est notre lien, nous sommes une famille, c’est toi—même qui me le répète sans fin !
-Je sais plus Sammy, je sais plus …
Sam fixa ce grand frère, perdu. Comment en étaient-ils arrivés là ? Etait-ce vraiment la fin ? Fallait-il baisser les bras, et se dire « OK, bien à la prochaine ! » ?
Sa décision fut prise.
-Ecoute, malgré tout ce qui s’est passé, ce qui se passera sûrement, on reste frères, tu peux te marrer faire le fier mais c’est comme ça, on est dans la merde ensemble, on y reste ensemble, quoi qu’il arrive, ensemble !
Dean semblait perdu dans ses pensées, la tête baissée.
Sam se leva et sans un mot, descendit rejoindre Bobby en bas.
Il parla à Bobby de ce qui s’était passé dans le rêve, dans la chambre.
Bobby écoutait, buvant son café. Laissant le cadet déverser son surplus de stress et de peur qu’il avait ressenti en allant chercher ce grand frère, en ayant peur de son réveil.
Puis Sam s’arrêta de parler, comme vidé. Bobby laissa s’installer le silence, bienfaiteur.
-Ne t’attends pas à un miracle, petit, tu sais …Dean est aussi bavard qu’une porte de prison…
-Je sais, je ne m’attends à rien, juste qu’il entende et que cela monte à son cerveau.
Des bruits de pas les rendirent silencieux.
-Salut, Bobby ! J’ai senti le café…
Dean savait que dans le genre entrée foireuse, celle-ci battait des records, mais on est maladroit en relation ou non.
Il se posa avec lourdeur sur une chaise, son corps encore endormi.
Le vieux chasseur posa une tasse fumante devant lui, Dean huma l’odeur, un sourire de satisfaction aux lèvres.
Le silence s’installa. Il n’était pas gênant, ni désagréable.
-Je suis désolé de...la peur… que je vous aie faite.
Il avait dit cela sans lever les yeux, hésitant et en même temps déterminé.
Un silence lui répondit, il prit son courage à deux mains et leva les yeux vers les deux personnes qui comptaient le plus pour lui.
Deux regards le fixaient.
Mélange de sentiments.
Joie, colère, soulagement. Et Dean sentit aussi que la prochaine fois, s’il recommençait une telle bêtise, il en prendrait plus pour son grade.
Il redescendit son regard vers sa tasse de café.
Sam était soulagé, il savait que Dean ne dirait pas de grandes phrases, d’explications alambiquées pour justifier son erreur.
Il savait que tout n’était pas réglé ! Mais son frère avait compris ce qu’ils avaient ressenti, tout ce temps où il était absent.
Et avec ce simple pardon, il le reconnaissait.
Mais cela ne voulait pas dire que le mal-être de son aîné avait disparu, loin de là ! Un si grand sentiment négatif ne disparaît pas par magie !
Et c’est pourquoi Sam allait surveiller encore plus ce grand frère.
