Dans un coin perdu, où seuls quelques chiens errants avaient l’air de trouver l’endroit sympa.
Le soleil faisait briller et chauffer les carcasses de voitures, les rendant, même pour des lézards, intouchables comme des vaches sacrées en Inde.
Un chien aboyait au loin. Pourtant, aucune caravane ne passait… D’ailleurs rien ne passait ou se passait…
Jouxtant ce cimetière de voitures, une maison.
Celle-ci était close, tout était comme hermétiquement fermé, un homme, lui aussi attendait quelque chose.
Bobby regardait les deux hommes allongés côte à côte sur le lit, depuis deux jours.
Les deux frères, habillés en tout et pour tout d’un jean et d’un tee-shirt, faisaient un remake de la belle au bois dormant…Le bois étant les voitures abandonnées, et le château la bicoque de Bobby.
Les remakes sont toujours moins bien que l’original.
Il soupira, souleva sa casquette et passa sa main sur son crâne, comme si cette caresse suffirait à lui faire trouver la raison à cette situation, certains frottent bien le ventre de leur statue de Bouddha « made in china »…
Cela ne fut pas le cas, aucune idée n'apparue comme par magie, alors il reposa sa casquette, cadeau d’un ami chasseur, sur sa tête.
Il se leva, arpentant la vieille pièce qui sentait le renfermé et ses pas, faisaient se soulever la poussière qui était visible à travers les minces rayons de soleil qui traversaient les volets fermés.
Cela lui donnait l’envie de faire le ménage, ce qui était signe de son ennui et désarroi face à un problème dont il ne trouvait pas la solution.
Un des frères bougea légèrement, attirant tout de suite le regard du vieux chasseur.
- Fausse alerte, murmura-t-il. Sam ne s’était pas réveillé.
Alors Bobby fit l’impensable : son ménage, en commençant par celui de la chambre où lui et les deux endormis se trouvaient, peut-être qu’un peu de poussière leur titillerait les narines, qu’ils éternueraient et par ricochet se réveilleraient …Et Georges W. Bush junior est un génie …
Bobby souffla et continua quand même son ménage qui dura une bonne heure, sa manière de faire le ménage étant, comment dire …assez sommaire.
Il se posa pour la énième fois, sur un vieux fauteuil qui n’attendait que le meilleur moment pour cracher ses vieux ressorts.
Il essayait de se souvenir du moindre détail, du moindre indice qui avait amené cette situation à cette extrémité …
Il le savait, inconsciemment, tout le monde le savait, mais personne ne voulait le réaliser, l’admettre.
Tout le monde joue un rôle. Chacun a ses répliques, mimiques, qui le rendent unique.
Dans une famille aussi, le rôle est là : on est le gai luron, le râleur, le radin, le vieux garçon…
On lui avait donné un rôle mais on s’était trompé au casting.
Dean n’était pas ça, et si vraiment on avait pris le temps, on aurait décelé qu’il jouait mal…Très mal.
