Double Je par Alma


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Note de l'Auteurs:
Ce sera un two-shot.



A la terrasse d’un café :

Je suis si fatiguée, tellement... Je voudrais me poser, fermer les yeux, ne plus les ouvrir, m’abandonner, abandonner.
J’ai lutté si longtemps, criant, hurlant, mais personne n’entendait et pourtant j’espérais être entendu, mais comment entendre un être muet ?
Ils se disputent, j’ai l’impression qu’ils sont des chacals, se battant pour un morceau de viande.
La vérité…lui, est-il en morceau de viande ?
En tout cas moi, je ne suis même plus ça …Que suis-je ?
Une marionnette, voilà, « va à gauche », je vais à gauche, « tue », je tue.
Bizarrement, j’envie mon « locataire », j’aurais aimé avoir cette force de caractère, cette hargne. J’aurais dû être comme ça, mais c’était trop tard. Si on m’en avait laissé le temps, aurais-je développé ces qualités ?
Où serais-je maintenant, quelle serait ma vie ?
C’est étrange mais j’ai le sentiment qu’avant son arrivée, j’avais des projets, pourquoi ai-je tant de mal à m’en souvenir ? Est-ce moi qui refoule ces souvenirs ? Pour atténuer ma peine, en imaginant ce qu’aurait pu être ma vie ?
Là, j’aimerais être sur une terrasse, buvant un café, un livre à la main attendant mon amoureux ou une amie.
Mais maintenant je n’attends plus rien, ni personne.
Et personne ne m’attend.

C’est fini.
Je ne suis plus.
A l’âge où certains dansent la nuit, aveuglés pas les lasers, assourdis par le bruit jusqu’à chercher leur souffle, tombent amoureux, n’ayant qu’à s’inquiéter de leur résultats scolaires, ou de savoir si leur patron acceptera de les augmenter, moi, je me meurs, tout doucement. Je pourrais bouillir et déborder comme un lait sur le feu, qui ne serait pas surveiller, mais je suis comme ce vase rempli d’eau sur une quelconque table, sûrement en formica, aidant quelques fleurs à survivre sans leurs racines et qu’on oublie, je m’évapore…Et je ne laisserai aucune trace.
J’ai envie de pleurer mais même cela m’est interdit.
D’ailleurs, que m’est-il autorisé ?
J’ai envie de lui dire : « vas-y, va jusqu’au bout de ton action, fais-le, ne l’écoute pas ! »
Je sens son souffle sur mon visage.
Et je lis son regard.
Sa voix, ses paroles, son corps entier, démontrent sa colère mais ses yeux…Ses yeux démentent tout ça, c’est la peur qui domine son regard, une peur terrible.
Il veut tellement retrouver son père.
Il ne va pas garder le contrôle longtemps, le monstre qui tient le jouet que je suis devenue, le nargue trop…

Il m’a giflé.
Enfin pas moi, directement, cette chose, elle ou lui, lui définir un sexe signifierait pour moi, lui donner une raison d’être, un passé, et je ne veux pas, ce « truc » possède déjà mon corps, c’est déjà trop !
Mais je dois bien, hélas, le faire, donc ce sera elle.
Elle est contente, exhumer ce qui y a de plus terrible chez un humain est un sentiment jouissif chez elle.
Ma joue chauffe.
C’est marrant, souffrir sans crier …Je souffrais moralement maintenant c’est physique.
Et même la douleur physique ne me donne pas ce sentiment de vie.

Certains se scarifient pour se sentir vivant, je donnerais tout pour le faire ou au moins les gifler, eux, ces gens pouvant vivre, mais se sentent morts.
Ils ne connaissent pas leur chance.
Moi, je connais ma malchance.
J’ai l’impression d’être une mouche se cognant à la vitre, mirant le ciel si bleu et voulant l’atteindre, mais me cognant, sans cesse et ne voulant pas admettre ma défaite, persévérer, continuer à me prendre cette satanée vitre, encore, et encore …Pendant des mois, j’ai été cette mouche presque au sens littéral du terme.
Il va le faire, je le lis dans son regard, l’espoir renait, n’hésite pas, fais-le, pitié !
Cette douleur, à défaut de ne pas me tuer, ne me rendra pas plus robuste, ce proverbe stupide qui dit « ce qui ne tue pas, rend plus fort » est si faux !
Un gout âcre dans la bouche, et ce sentiment, oh mon Dieu, ce sentiment !
De vivre, d’être soi !
S’il vous plait, ne me faite pas tomber, je suis brisée !
Fragile.
J’ai mal, et je peux enfin l’exprimer à travers un gémissement.
Liberté.
Je suis là, enfin, parmi eux, vous.
Ils me voient, ils me voient vraiment, ils voient qui je suis réellement.
Ils ont l’air surpris.
Attristés.
J’aurais aimé que ce soit lui, que j’attends à la terrasse, mon café refroidissant. Je regrette d’avoir attendu, de ne pas avoir profité de ma vie, avant …D’avant.
Il semble désespéré et il a l’air triste.
Il se sent coupable, d’être celui qui a pris la décision.
S’il savait qu’au contraire !

Ne t’en fais pas. Ne regrette pas.
Un verre d’eau à défaut de café, je m’en contenterais.
Mon café a refroidi depuis un moment et j’ai quitté la terrasse, le serveur a dû la ramasser, et nettoyer, elle sert à une autre cliente qui elle le boit, sans connaître sa chance…
L’eau humidifie ma gorge rendant aptes mes cordes vocales.
Je déglutis avec difficulté.
« Merci »
Je devais leur dire.
Je dois leur expliquer, comme pour me justifier.
D’une erreur, une faute que je n’ai pourtant pas commise, mais j’endosse ces fautes comme si c’était les miennes.
Ses mains étaient les miennes, ces paroles prononcées l’étaient avec ma voix.
Mon premier mot, comme un enfant dit « maman » pour la première fois, je dis merci.
Que dis-tu ? Parle plus fort, mon ouïe est défaillante, un bourdonnement parasite tes mots et mes pensées.
Ah, oui.
« Elle ne mentait pas ».
Si fatiguée, ce bourdonnement s’atténue, cesse.
Je me sens enfin bien ! Moi, à nouveau pour encore quelques secondes, si délicieuses secondes.
Mon corps ne m’obéit pas, mais cette fois, ce n’est pas elle qui a les commandes, ce corps cassé, est à moi, rien qu’à moi, moi seule. Je peux enfin pleurer. M’exprimer.
Ils m’ont entendu, et je n’ai pas eu besoin de crier, un murmure a suffit, une respiration.
Encore un mot, pour les remercier mais je suis à bout de souffle, je ne pourrais pas totalement les aider, juste un mot, s’il te plait mon cœur, bat encore quelques secondes, laisse -moi le temps.
« Sunrise ».
Voilà, merci mon cœur.
On va pouvoir abandonner, cet effort mérite un repos.
Une délivrance.


Enfin je peux de moi-même fermer mes yeux.